Segunda-feira

1

place toujours ta hargne
au sein du soleil

et ne perds pas de vue
le mirage de ta douleur





Quinta-feira

VII






au septième jour, nous sommes allés enterrer ton fantôme, une procession infinie sur les chemins de l'oubli, le cortège de l'invisible [...]

il y a là les mains libres des oiseaux, ton nom posé sur un drap et les yeux noirs où dansent les perles de nacre de tes cheveux, [...]

il y a là le silence qui a retrouvé sa langue, douze hommes ont apporté tout l'or du monde et du pain pour le défunt, douze hommes d'abondance distribuent et partagent les derniers secrets, douze hommes venus de ton pays sans terre, [...]

il y a là une grappe d'oiseaux pour danser et chanter les échos de ton corps, toute la mythologie de ta disparition, [...]





V






le cinquième jour, qu'as-tu fait du nom que je t'avais confié, qu'as-tu fait de l'espoir où je t'avais trouvé, qu'as-tu fait de l'enfant qu'y se cachait en toi, [...]

le cinquième jour, ce n'est pas facile d'être un homme en face de ton sourire cassé, et ce visage où trop de fois je me suis égaré, où trop souvent je me suis épuisé à scruter une journée de soleil, peu à peu il s'efface [...]

le cinquième jour, j'ai oublié la mythologie de ton corps




Quarta-feira

IV






trois jours de plus reclus dans la maison, trois jours à tutoyer le mur, à l'ombre de la mémoire, trois jours nerveux, et j'ai encore envie de toucher ta peau, et le monde entier se dresse à notre gauche, il ne savait pas que tu avais incendié mes mains, le monde entier ne savait rien du terrible loisir de t'aimer ; trois jours où j'ai gardé pour moi le secret de ma jalousie, et tout ce repos pour la tête, toutes ces heures à dessiner ton corps dans l'espace blanc de la chambre, j'étais jaloux et j'avais encore horreur de ce que j'étais devenu,





I






[...] le premier jour est une maison, quatre murs ouverts sur la page encore blanche de ton corps, la boucle de tes cheveux fait une averse d'or et de nacre, tes yeux un enclos autour de toutes tes ombres et quand la porte battante de ta bouche n'aura plus de serrure, je serai la clef de ta parole,

le premier jour est une maison, quatre murs et deux portes où se cogne le troupeau de tes dents, où se bousculent tes mains, une maison où danser

le premier jour est une maison, quatre murs, deux portes et une fenêtre de bruit et de fureur, le désordre de tes yeux, un troupeau accroché à la boucle de tes cheveux [...]





DANSE I






il y a encore tes yeux noirs
et l'invitation du seuil
où tuer l'ombre du destin,
où embrasser un nouveau soleil

y puiser le vocabulaire
de ta danse et l'ébauche des mains,
le corps tout entier y va de sa parole
et s'oppose au double du mouvement

il y a le vertige des miroirs,
tes yeux y sont la prière
à laquelle ne jamais cesser de croire,
l'acte fondateur d'un monde
où je chute





Quinta-feira

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Sexta-feira

trois






toi qui n’es que miroir, va-t’en ! va-t’en !, on n’assassine pas le silence
comme on n’enfante pas le temps, va-t’en ! et ne me cherche plus

le troisième jour,
j’ai soufflé sur la lumière et j’ai brisé toutes les lampes, j’ai voulu un miracle de retour et des incendies sur les eaux des fleuves, une pluie de cendres et de pierres, une terre démontée et les restes d’un orage dans la poitrine, une immense vague où étouffer les heures d’attente
le troisième jour, j’ai pris la fuite, j’ai couvert du terrain, j’ai tracé des frontières, je me suis divisé, j’ai cherché à taire une moitié de moi-même, et une moitié seulement a regardé l’horloge, seulement une moitié pour atteindre l’étoile
puis il est déjà midi, on entend quelques bruits dans la pièce d’à-côté, c’est la folie à sa table, elle joue aux dés et ne tire que des trois
c’est aujourd’hui midi et c’est un cheval qui court sur le feu des bacchanales, c’est une flèche qui ne se connait pas de cible, une steppe à l’infini et une image qui me traque,
c’est le réveil face au peloton d’exécution, avec un rêve à fusiller, avec du sang sur les mains,

– oh ! si seulement tu savais !

si tu savais qu’il est midi sur le seuil,
comme une clef s’en va faire diversion
un mur sur quatre se renverse,
la porte et la fenêtre entame un dialogue de sourd,
la chambre n’a plus de nom ni de serrure
à midi, le troisième jour,
j’ai accroché une grande croix dans le ciel, un signe d’évidence et un désert de parole

toi qui n’as plus de visage, va-t’en ! va-t’en !, on n’abat pas le silence
comme on ne crucifie pas le temps, va-t’en ! et ne me cherche plus

le jour d’après, un mât dans la poitrine, j’ai creusé un puits, un puits à sec où noyer le souvenir, un trou pour s’y cacher,
j’ai creusé la terre de mes ongles, mes ongles pleins de terre, j’ai creusé un trou où faire danser les petites filles de ma mémoire,
et j’ai incendié cette voix qui me déchirait la tête et j’étais encore le gardien d’une maison ouverte à tous les vents, j’avais chaud, j’avais froid, j’étais torpeur et j’étais exténué d’entendre ce corps entre chien et loup,
fatigué de courir en train, à pied ou même à reculons, fatigué de la tragédie, de tous les express et de l’électricité,
usé par ces villes de soleil noir où suivre à la trace la fureur, même absente, même tue,
usé de colère, même sourde, même froide
le jour d’après, une église s’est effondrée sous mes pieds, j’ai convoqué un dieu auprès duquel déchirer ce poème en secret et j’ai donné ma bouche à d’autres bouches et d’autres bouches à l’horizon
le jour d’après,
quelques poussières dans les mains, et là-bas, en face, une longue nuit incertaine

toi qui as mangé ta poitrine, va-t’en ! va-t’en !, on n’endort pas le silence
comme on ne ressuscite pas le temps, va-t’en ! et ne me cherche plus

la nuit, la troisième nuit,
j’ai fait ce rêve où toutes les bouches se refusaient,
c’était la guerre et des colonnes de miroirs prenaient la route,
on construisait des carrières à ciel ouvert, des labyrinthes de couteaux, des tranchées tout au long du soleil,
c’était le grand siècle de l’image, on avait condamné le feu à perpétuité, la ville était couverte de costumes gris, une armée de masques se dressait sur la porte, toutes les fenêtres portaient leurs barreaux sur le dos,
trois lunes se battaient en duel, une foule hurlait à la mort et les chacals attendaient leur heure quand un coup de canon retentit, et toi, et toi,

– si tu savais ! si seulement tu savais !

si tu savais, la troisième nuit, j’ai fait un rêve de briques et de fleuves, trois fleuves qui me suivaient, trois fois le chiffre trois y fut le reflet de la grande croix dans les eaux, et j’étais déjà douze plus un,
et j’étais en retard, et j’étais l’adoration, le salut des justes ou un été sans sommeil, j’étais désert, j’étais esclave et je marchais à l’aveugle vers quelque terre à conquérir,
j’étais nomade, j’étais fugitif, j’étais ce train et ce cheval en furie, le temps qui passe et une saison de regrets, j’étais le repentir et la consolation, la main perforée et un mur de lamentations,
si tu savais, la troisième nuit, c’est enfin une femme comme un oiseau échappé du ventre, une femme sans bouche et sans visage et je ne me pardonne toujours pas,
la troisième nuit,
c’est une femme, je lui ai donné un nom dont elle n’a pas voulu, elle était fleur, elle était eau, elle était la mystérieuse

toi qui me cherches, va-t’en ! va-t’en !, on ne brûle pas le silence
comme on n’efface pas le temps, va-t’en ! et ne te retourne pas





Segunda-feira

5






j'avais tout vu
de tes peurs et de tes doutes
et jamais je n'ai pensé fuir

toute cette ombre
qui peu à peu rayait
l'oiseau de tes yeux,
j'aurais voulu me dresser,
la chasser et l'effacer

car avec ta main
dans mes cheveux,
en moi,

tu avais réveillé
la lumière





2






quand tu traces ce sentier
où tes fantômes s'effacent
dans les lampes,

j'ai vu le soleil
caresser tes mains,
je l'ai vu se pencher
et te réchauffer l'ombre,
je l'ai vu te parler,
à toi et à toi seule

il te disait ce chemin
tapissé de coquelicots
et l'été qui sommeille
en toi





1






en moi,
tu abolissais
un paysage de hasards





Domingo

0






et l'espoir :

j'ai pris un couteau
pour le couper en deux

deux morceaux
que je te laisse
et te confie

au creux de ta main,
au bord de ta bouche
où les jours défilent
avec l'évidence





Sábado

Terça-feira

1






ton ombre, s'il ne restait que
ton ombre
encore plantée en moi
je n'aurais plus la force
d'un mot

or,
je continue de voir,
de loin en loin,
je vois l'évidence
et ce coquelicot à ta source,
comme ton été qui sommeille

et n'espère
que ton appel





Domingo

1






aujourd'hui,
j'écoute attentivement
l'oiseau en silence,
et c'est avec cette clarté
dans le coeur
que je reviens pas à pas
sur mes erreurs
et mes faiblesses

et soudain comme consolation,
une lampe dans le soleil





Sábado

2






l'absence a découpé tous nos théâtres,
on tombe les masques,
on fait silence au doute,

et moi, sur le point de te dire
qu'il y aurait quelques continents
à conquérir,

je veux chasser l'ombre





1






à te regarder
j'envie le désir et l'espoir
d'un nouveau soleil,
en tes membres
je m'effondre





1






le rêve est d'argile
quand ton corps absolu
n'est plus que rumeur
sous la paume de mes mains





Segunda-feira

5






quand l'eau enjambera le pont, nous nous souviendrons du soleil aux aguets et de l'aube au sortir de la caverne






3






j'ai tout le silence d'une maison trop grande, hors de ma mesure, où me confronter au labeur est habiter une autre peine, les mains pleines d'une étoile néanmoins