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il n’y avait plus de livre, il n’y en avait plus du tout – seules furent construites des usines à aliénation, élaboration de l’homme à son image, oui, construites par la machine humaine, en vue de mettre l’organisme (biologique) au service de l’organisation (bureaucratique) ; l’aliénation : l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures cesse de s’appartenir, devient esclave des choses –, sans assassinat, ni même de torture, ou alors insuffisamment, à peine eût-t-il été préférés les chiffres aux mots, les suites aux structures, puis les cloisons aux portes, que le monde antique, et son désordre, se mît à vaciller, à chuter, avant que de s’effacer. Furent construites des universités à évider la pensée, des lieux de compilations d’images sans reflet, des zones à tiroirs sans fond ; furent construits des archives de fantômes, et des théâtres de la sur-information, des bibliothèques au crépuscule où cultiver les vanités ; furent construites des maisons fermées aux quatre vents, et des tours pointues, d’avec leurs angles invariablement droits, d’avec leurs angles morts. Des bâtiments se succédaient les uns aux autres, tous égaux, blocs sans ouverture écrasant la rue de leurs parois sans porte, ni fenêtre. Que quelqu’un s’y risque à y forer un trou, à y percer le jour, que quelqu’un vienne encore à remuer le refus de la nuit et le domaine de l’absence, jamais plus personne ne s’en inquiéterait, tout juste si celui-là se logerait dans l’ombre du mur, ou dans son ombre à lui, imperceptible, inaperçu, ou inaudible. D’ailleurs, ébrécher l’édifice plus personne n’y songeait, il ne se trouvait plus un damné pour s’illusionner, et plus un fou encore assez sensé pour s’attaquer à quelque citadelle que ce soit. La cité sans regard n’avait finalement produit que des visages sans yeux, et des corps sans réaction ; répondant au besoin de le sortir du chaos, elle avait tiré l’homme hors de lui-même.
il n’y avait plus de livre, il n’y en avait plus du tout – seules furent construites des usines à aliénation, élaboration de l’homme à son image, oui, construites par la machine humaine, en vue de mettre l’organisme (biologique) au service de l’organisation (bureaucratique) ; l’aliénation : l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures cesse de s’appartenir, devient esclave des choses –, sans assassinat, ni même de torture, ou alors insuffisamment, à peine eût-t-il été préférés les chiffres aux mots, les suites aux structures, puis les cloisons aux portes, que le monde antique, et son désordre, se mît à vaciller, à chuter, avant que de s’effacer. Furent construites des universités à évider la pensée, des lieux de compilations d’images sans reflet, des zones à tiroirs sans fond ; furent construits des archives de fantômes, et des théâtres de la sur-information, des bibliothèques au crépuscule où cultiver les vanités ; furent construites des maisons fermées aux quatre vents, et des tours pointues, d’avec leurs angles invariablement droits, d’avec leurs angles morts. Des bâtiments se succédaient les uns aux autres, tous égaux, blocs sans ouverture écrasant la rue de leurs parois sans porte, ni fenêtre. Que quelqu’un s’y risque à y forer un trou, à y percer le jour, que quelqu’un vienne encore à remuer le refus de la nuit et le domaine de l’absence, jamais plus personne ne s’en inquiéterait, tout juste si celui-là se logerait dans l’ombre du mur, ou dans son ombre à lui, imperceptible, inaperçu, ou inaudible. D’ailleurs, ébrécher l’édifice plus personne n’y songeait, il ne se trouvait plus un damné pour s’illusionner, et plus un fou encore assez sensé pour s’attaquer à quelque citadelle que ce soit. La cité sans regard n’avait finalement produit que des visages sans yeux, et des corps sans réaction ; répondant au besoin de le sortir du chaos, elle avait tiré l’homme hors de lui-même.
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d’abord, cela avait répondu à un souci pratique, et tous y avaient concouru, s’en félicitèrent, avant de s’y habituer ; on avait accepté l’idée que l’actuel passait par l’oubli, car, à modernité – ce qui pourrait exister au moment où l’on parle –, il avait fallu substituer actualité – ce qui semble exister au moment où l’on parle. Certain par lâcheté, d’autres, bien plus nombreux, parce que trop occupés à se divertir, parce que ne sachant vagabonder, ils se contentaient d’aller. C’est que longtemps le désordre les avait alimentés, avait été cultivé, avait été posé noir sur blanc, c’est que l’on avait gardé des espaces pour la défaillance, des opportunités de laisser les choses en l’état, inachevées, tout ce qu’aujourd’hui on devait s’ôter de soi-même, ce qu’il fallait retirer de la pensée, pour ne plus vivre que par l’horloge et son image. Oublier, toujours plus, oublier son nom, oublier les lettres de son nom, se débarrasser de toute identité, comme on croit alors se libérer d’une certaine gravité, et s’oublier, collectivement, car, dans un monde sans chemin, peser en soi-même comme peser en l’autre ne menait plus nulle part.
d’abord, cela avait répondu à un souci pratique, et tous y avaient concouru, s’en félicitèrent, avant de s’y habituer ; on avait accepté l’idée que l’actuel passait par l’oubli, car, à modernité – ce qui pourrait exister au moment où l’on parle –, il avait fallu substituer actualité – ce qui semble exister au moment où l’on parle. Certain par lâcheté, d’autres, bien plus nombreux, parce que trop occupés à se divertir, parce que ne sachant vagabonder, ils se contentaient d’aller. C’est que longtemps le désordre les avait alimentés, avait été cultivé, avait été posé noir sur blanc, c’est que l’on avait gardé des espaces pour la défaillance, des opportunités de laisser les choses en l’état, inachevées, tout ce qu’aujourd’hui on devait s’ôter de soi-même, ce qu’il fallait retirer de la pensée, pour ne plus vivre que par l’horloge et son image. Oublier, toujours plus, oublier son nom, oublier les lettres de son nom, se débarrasser de toute identité, comme on croit alors se libérer d’une certaine gravité, et s’oublier, collectivement, car, dans un monde sans chemin, peser en soi-même comme peser en l’autre ne menait plus nulle part.
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il n’y avait donc plus de livre et ce qui fut n’était devenu qu’un écart ; peut-être une trace au sein du silence résistait autant que possible, des pages dans la neige, disparaissant sous le soleil qui leur brûlait la peau ; un souvenir en pleine lumière, puisque isolé, puisqu’au milieu de l’arène et dernière preuve d’une époque révolu ; elles auraient dû être le centre des attentions, si ce n’était toujours cette lumière crue posée sur la mémoire qui empêchait de continuer à voir ; elle aveuglait, et obligeait à détourner le regard, et que chacun ferme les yeux ! De quelle importance étaient désormais les temps où d’aucun n’aurait douté de l’utilité de sa lutte, comme on ne s’écarte ainsi guère plus de ses cendres que de la fin absolue de sa propre illusion, de quelle passion avait-il était nécessaire de se soustraire, de quelle fissure ou impasse, même de papier, encore que de parole, s’éconduire, et de quelle dissidence devrait encore être porté le deuil ! Nous, qui ne nous sommes pas levés, qui n’avons protesté, nous, qui jamais plus n’irons par la parole, dire comme il aurait fallu se hisser, sommes-nous encore un peu ici, ou serait-ce que de notre vigilance nous n’avons fait que nous écarter, au loin de notre enfant au corps révolté ?
il n’y avait donc plus de livre et ce qui fut n’était devenu qu’un écart ; peut-être une trace au sein du silence résistait autant que possible, des pages dans la neige, disparaissant sous le soleil qui leur brûlait la peau ; un souvenir en pleine lumière, puisque isolé, puisqu’au milieu de l’arène et dernière preuve d’une époque révolu ; elles auraient dû être le centre des attentions, si ce n’était toujours cette lumière crue posée sur la mémoire qui empêchait de continuer à voir ; elle aveuglait, et obligeait à détourner le regard, et que chacun ferme les yeux ! De quelle importance étaient désormais les temps où d’aucun n’aurait douté de l’utilité de sa lutte, comme on ne s’écarte ainsi guère plus de ses cendres que de la fin absolue de sa propre illusion, de quelle passion avait-il était nécessaire de se soustraire, de quelle fissure ou impasse, même de papier, encore que de parole, s’éconduire, et de quelle dissidence devrait encore être porté le deuil ! Nous, qui ne nous sommes pas levés, qui n’avons protesté, nous, qui jamais plus n’irons par la parole, dire comme il aurait fallu se hisser, sommes-nous encore un peu ici, ou serait-ce que de notre vigilance nous n’avons fait que nous écarter, au loin de notre enfant au corps révolté ?
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dans les rues, toute cette foule remuante n’y pouvait rien changer, la ville demeurait vide, un champ stérile de vas-et-viens, une ville de feuilles blanches. Faute d’avoir voulu se garder en soi, on ne bifurquait plus vers la cité balbutiée, vers l’éclaircis d’une probable autre cité, on ne creusait plus sa propre fiction, on ne se refusait plus, on sommeillait. Le soleil s’était couché sur une ville résignée, et au matin, la ménagère n’avait pas poussé son homme, nul autre drapeau que celui de l’apathie n’irait jamais flotter sur la marmite. Il y eut bien des mains levées, quelques bourgeois nostalgiques de la bourgeoisie, par trop soucieux d’arriver à leurs fins pour avoir une chance de passer outre leur propre silence, trop intéressés à dire pour avoir la moindre idée de ce dont ils parlaient. Mais, sourdes à ceux-là autant qu’aux plus illuminés, les rues avaient continué à accroître leurs immenses balafres, artères sans-issues, évidées de toute perspective, elles se suffisaient à elles-mêmes, comme des impasses.
dans les rues, toute cette foule remuante n’y pouvait rien changer, la ville demeurait vide, un champ stérile de vas-et-viens, une ville de feuilles blanches. Faute d’avoir voulu se garder en soi, on ne bifurquait plus vers la cité balbutiée, vers l’éclaircis d’une probable autre cité, on ne creusait plus sa propre fiction, on ne se refusait plus, on sommeillait. Le soleil s’était couché sur une ville résignée, et au matin, la ménagère n’avait pas poussé son homme, nul autre drapeau que celui de l’apathie n’irait jamais flotter sur la marmite. Il y eut bien des mains levées, quelques bourgeois nostalgiques de la bourgeoisie, par trop soucieux d’arriver à leurs fins pour avoir une chance de passer outre leur propre silence, trop intéressés à dire pour avoir la moindre idée de ce dont ils parlaient. Mais, sourdes à ceux-là autant qu’aux plus illuminés, les rues avaient continué à accroître leurs immenses balafres, artères sans-issues, évidées de toute perspective, elles se suffisaient à elles-mêmes, comme des impasses.
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il n’y avait plus de livre, il n’y avait plus de signes, uniquement des comptes et des calculs.
il n’y avait plus de livre, il n’y avait plus de signes, uniquement des comptes et des calculs.
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1 commentaires:
Magnifique... tout est dit, tout est là dans ce "frisson des mots".. j'admire ton talent mr piero, je te lis avec un plaisir immense, encore et toujours ;-)... A bientôt peut -être.
Nicolas D.
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